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Témoignages :

11 septembre 1973, coup de tonnerre dans le monde, coup d'Etat contre la démocratie : la mort du Président Allende emporte avec lui les espoirs qu'il suscitait. Le monstre sanguinaire, sa police chilienne et sa police politique font fuir des milliers d'hommes, de femmes chiliens qui emportent avec eux les vestiges d'une démocratie assassinée. Commence alors le temps de leur exil. Peu à peu, ils s'installent chez nous. Et

très vite, ces amis, ces frères font partie de nous-mêmes.

D’abord, avec une rage non contenue contre Pinochet et ses "souteneurs", ils racontent ce qu’ils ont vécu. Alors qu’ils dessinaient leur Chili, celui qui ferait la démonstration d'une politique démocratique en quête de justice, de partage, de la liberté de vivre, libéré de la chape étouffante de l'économie de marché et du pouvoir tyrannique des banquiers, ils n'ont pas vu se profiler l'ombre de la machine infernale. Cette machine qui allait décapiter un projet collectif qui contrariait les objectifs d’un monde qui nous est imposé par la force, la supercherie, et l'abêtissement des peuples.

Puis avec nostalgie, ils évoquent la douceur de vivre qu'ils ont laissée derrière eux.


Les "Latinos", comme nous les appelons, réfléchissent à voix haute. Ils utilisent tous les moyens d'expression, des pièces de théâtre, des chansons, ils écrivent. Et nous nous rencontrons autour d'un verre de l'amitié, côte-à-côte dans les défilés pour défendre la cause des opprimés ; nous faisons connaissance, découvrons le bon sens populaire des Indiens de cette Terre Latine. Ils nous font nous interroger sur nous-mêmes. Pourquoi utiliser la force des faibles qui n'ont d'autres arguments que le canon de leurs fusils ou la torture et la prison ? Nous utiliserons le verbe, la conviction qui nous anime, la démonstration d'autres pratiques constructives d'un monde dont l'objectif est le respect des uns par les autres et la Paix entre tous.

 

Comme les autres Chiliens, Oscar avec sa famille et son théâtre participe à notre vie, avec humour. Il nous observe, analyse la vie française, ses travers et "Mateluna" nous fait rire de nous-mêmes et des péripéties vécues par les émigrés.

Nous n'avons pas rechigné à le suivre en tout lieu. Nous nous retrouvions avec bonheur à chaque représentation jusqu'à ce qu'il se pose dans un chez lui original, qui lui ressemble, où sa respiration anime les recoins les plus inconcevables de l'endroit. L'Espace Théâtre Aleph devient notre lieu de vie où se joignent tous ceux que notre amitié inspire.


Oscar, creuset des cultures fondamentales originelles, où germent les textes qui nous ravissent le temps d'un spectacle et dont l'évocation entretient la joie de vivre des retrouvailles.

C'est cela la réussite du Théâtre Aleph, le mélange de l'amour viscéral pour le Chili et de son affection pour notre pays qui l'a accueilli.


Merci Oscar pour ce que tu nous as apporté, pour nous avoir fait aimer le Chili et nous avoir donné la chance de t'aimer.


Danielle MITTERRAND

Présidente FRANCE LIBERTES

Fidèle spectatrice et inconditionnelle de l’Aleph


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Le hasard fait bien les choses !

Etait-ce vraiment un hasard si Oscar, Sylvie et le Théâtre Aleph ont débarqué sans prévenir à Ivry…. voilà 10 ans ?


Un peu squat, un peu encombrants et déjà tellement bruyants des mots qu’ils avaient à chanter, des révoltes à crier dans ce monde brutal qu’ils avaient connu sous la férule de Pinochet et sur les chemins de l’exil.

Ce n’était pas un hasard. Naturellement le parcours d’Oscar et de ses compagnons devait passer par la France, terre d’accueil et Ivry, quartier de planète et des solidarités.


L’amitié fait qu’ils y sont restés, au point qu’ils sont devenus des acteurs de notre histoire commune dans laquelle, l’art, le théâtre et la farce nous ouvrent tous les horizons d’une pensée critique et révolutionnaire.

J’entends d’ici les rires du public du Théâtre Aleph quand le peuple, par dérision se venge de la férocité du dictateur. Comble de dérision c’est Oscar, l’exilé qui a revêtu les oripeaux du bourreau !


Salut l’Artiste !



Pierre GOSNAT

MAIRE d'IVRY sur SEINE


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« Les espaces de l’Aleph »

de Alfredo Cifuentes


Le mot ESPACE est très évocateur. Pour tout être humain l’espace est fondamental, particulièrement pour les artistes. Imaginez un acteur, une danseuse, un musicien, un sculpteur, un architecte ou un cinéaste sans espace disponible.


Au début, nous les alephiens, nous n’avions pas de lieu propre, à part nos maisons. C’est ainsi que nous avons dû sortir pour conquérir nos espaces, comme une tribu nomade à la poursuite de la terre promise : espaces d’apprentissage, espaces de cohabitation, espaces théâtraux, espaces rituels et espaces de liberté.


Permettez moi de rappeler quelques espaces aléphiens, comme les salles de l’Institut national, celles du Lycée n°1, et bien entendu cette toute petite salle de Lastarria 90. Ces scènes gigantesques des festivals de théâtre à Santiago, Cordoba, Nancy. Mais aussi ces salles de conférence dans les collèges et les universités. Et puis les plates-formes de camions, les autels d’église, les tables regroupées et empilées, ou encore les terrain vague dans les villages.


Je vais vous raconter l’instant où l’Aleph a définitivement conquit l’espace. C’était dans les années 70 quand nous fûmes invités à jouer dans quelques campements de mines de fer dans le nord du Chili. Avez vous déjà traversé le désert d’Atacama ? Peu de personnes ont osé le faire. Les aymaras, les incas, les conquistadores espagnols, les aventuriers en quête de villes perdues, et les mineurs. A chaque fois que je me le rappelle, je revis ce moment à nouveau : nous voilà, les aléphiens, traversant le désert d’Atacama, la nuit, dans un vieux fourgon, conduit par deux mineurs expérimentés. Arrivés au beau milieu du néant, dans ce froid qui vous congèle jusqu’aux os, le véhicule s’arrête et les lumières s’éteignent…

« Que se passe t-il ? » nous nous demandons terrorisés, pensant que nous étions en panne et que dans quelques années quelqu’un découvrira nos squelettes autour du fourgon. 

« Ne vous inquiétez pas » répondirent les mineurs aimablement « C’est quelque chose que vous devez voir. Mais tout d’abord, il faut nous réchauffer.» Quelques bouteilles de pisco passent de mains en mains. Je bois une grande gorgée, aromatique et réconfortante, qui allume un petit feu en moi. « Maintenant, descendez, marchez une vingtaine de pas et regardez en haut. » 

Je descends du fourgon vers l’obscurité. Je fais vingt pas à tâtons, je regarde en haut, et je vois  le ciel, un ciel propre, transparent, immense. Jamais je n’aurais imaginé que le ciel puisse contenir tant d’étoiles. Je vois des constellations en face, derrière, sur les cotés, elles m’entourent complètement, et je découvre cette sensation d’infini que je n’avais jamais expérimenté avant. Je ne sais pas si c’est le froid, le pisco, ou ce spectacle grandiose qui ébranle tout mon corps. Maintenant encore me reprend le vertige, déjà je ne sais plus où se trouve le haut ou le bas et je commence à voler dans l’espace. Je perds la notion du temps, j’ai la certitude de pouvoir attraper une poignée d’étoiles avec mes mains et je sens l’envie de rester là pour toujours. J’entends des voix lointaines qui m’appellent,  puis j’atterris et je reviens au fourgon, où les mineurs nous attendent avec un large sourire complice. Ces mineurs de races indigènes sont durs, tannés par le soleil du désert, le travail inclément et les abus du pouvoir. Comme récompense ils peuvent conquérir le ciel toutes les nuits, et ceci leur donne une sagesse particulière.

Après nous parcourons les campements. Au moment où nous allions donner nôtre deuxième représentation, les mineurs qui nous transportaient demandèrent s’ils pouvaient nous présenter. Nous avons accepté, et ils nous annoncèrent de cette manière : 

« Compagnons !  Avec vous ce soir le groupe de radio théâtre folklorique Alepech ! »

D’abord nous avons ri, ensuite nous avons pensé qu’il faudrait éclaircir la question, puis nous avons discuté et finalement compris que ces mineurs n’avaient jamais vu de théâtre de toute leur vie, et que ce qu’ils connaissaient de plus similaire était le radio théâtre. Pour eux nous étions folklorique parce que nous jouions de la musique et chantions dans l’espace théâtral des thèmes d’Inti Illimani, Quilapayùn, Tiempo Nuevo etc. Et ils nous ont appelé Alepech parce qu’ils n’ont pas l’habitude des mots étranges qui se terminent avec un H. Alors nous n’avons rien dit et avons effectué toute notre tournée d’Atacama en étant présentés de cette manière.


Quelques mois plus tard nous participons au Festival de théâtre universitaire ouvrier organisé par l’université catholique. Parmi les activités, il y avait une sorte de table ronde, un espace pour échanger des expériences avec les autres groupes. Au moment où nous étions en train d’exposer nos méthodes de création collective, un type se leva brusquement à l’autre bout de la table, nous pointa de son doigt accusateur et s’exclama d’un ton très agressif : 

« Ce que vous faîtes n’est pas du théâtre ! »

Cela produisit un silence de mort, alors Oscar avec beaucoup de calme répondit :

« Et bien non. Ce que nous faisons, c’est du radio théâtre folklorique. »

Le type est resté glacé, il s’est rassit et n’a plus dit un mot.


Ce succès s’est tout de suite transformé en une de nos anecdotes préférées. Pour ma part, elle à fait son chemin dans ma tête et quelques temps après je me suis rendu compte qu’ici s’affrontaient deux visions du monde : 

D’un coté, la vision du type qui se lève, qui avale tout ce que vendent les académies, l’élite culturelle, les groupes de pouvoir, qui voit le Théâtre comme un espace fermé, statique, avec des limites, avec des règles très précises, ordonné sur papier millimétré, avec les dramaturges mis dans des cases et étiquetés comme la table périodique des éléments : ici il y a Sophocle, là Shakespeare, de ce coté Molière, par là Tennessee Williams et …  Et où mettons-nous  l’Aleph ?… Ah, non monsieur, il ne rentre pas dans le cadre, ce que fait l’Aleph, ce n’est pas du théâtre.

De l’autre coté, il y a ceux, comme nous, qui voient le théâtre comme un espace ouvert, dynamique, divers. C’est pour cela que l’on se moque des étiquettes qu’on veut nous coller. Nous voulons raconter un conte, notre conte, et pour cela nous utilisons l’espace théâtral, mais les mineurs avaient raison : nous utilisons l’espace du radio théâtre folklorique, et aussi l’espace musical, l’espace de la danse, l’espace littéraire, l’espace pictural, l’espace audiovisuel et tous les espaces à tous les moments


Qui va mettre des limites à l’espace créatif ?

D’autres insensés essayeront bien une fois encore, mais les rêveurs découvriront tôt ou tard, même au beau milieu du désert, que les limites n’existent pas, que l’espace est infini, qu’il est là pour être conquis et pour y célébrer nos duels et nos fêtes, pour le submerger, pour naviguer au milieu des étoiles avec le cœur en flammes.


Santiago de Chile, febrero 2005.


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Un corbeau nommé Castro, ou Oscar, ou Aleph en tout état de cause.


Ecrire quelques lignes pour parler – parce que en écrivant nous parlons d’une voix plus forte que la nôtre – de l’ALEPH, me renvoie aux années joyeuses et inoubliables de notre jeunesse, aux années invaincues, pleines d’espoirs possibles, parce que nous mêmes les avons semés en long et en large dans notre maigre pays étendu le long du Pacifique.


L’année 1968 s’écoulait, nous dormions peu, nous discutions avec ferveur à n’importe quelle heure, nous lisions comme des possédés tout ce qui se trouvait à portée de main, nous avions les cheveux longs, portions des pantalons pattes d’éléphant, de temps en temps nous roulions un « joint » de cannabis national dignement cultivé dans les champs fertiles des Andes et nous nous organisions de toutes les manières possibles parce que notre « 68 », s’il est bien vrai que nous ne l’avons pas fait pour trouver sous les pavés la plage, nous avons finalement trouvé quelque chose de bien plus précieux ; la volonté populaire de transformer pacifiquement la société chilienne, fidèles à notre longue tradition de nation démocratique. Et c’est ainsi que notre « 68 » a duré jusqu’au 4 septembre 1970, jusqu’à cet après-midi là, où les résultats électoraux donnèrent la victoire à Salvador Allende.


Nous discutions, il suffisait qu’il y eût deux personnes dans une salle ou dans un bar pour que commença une discussion passionnée sur les formes que prendrait l’avenir, et, si nous arrivions à un quelconque accord, c’était la nécessité d’ « intervenir » activement dans tous les domaines de la vie et de la société. 

C’est peut-être pour cela qu’un étudiant en journalisme que nous appelions Le Corbeau ( j’ai mis plusieurs années avant de savoir qu’il s’appelait Oscar Castro) a eu l’idée d’ « intervenir » dans le riche champs expérimental du théâtre chilien et qu’il a inventé Le Théâtre d’ Intervention. C’est ainsi qu’est né l’ALEPH, sur la rive nord du fleuve Mapocho et ce fut, comme l’a dit Borges : « le point de l’univers où se rencontrent tous les points ».


Comment ne pas aimer Le Corbeau, alors que sa créativité délirante nous nourrissait d’arguments, d’idées pour épuiser nos nuits au « Bosco », de nouveaux points de vue qui plus tard se multipliaient dans les assemblées universitaires, dans les syndicats, dans les mitings populaires  dignement solidaires. Aucun, aucune de ceux d’entre nous qui vîmes, par exemple, « Introduction à l’éléphant et autres zoologies » ne sortit indemne du théâtre. Et aucun non plus, après avoir vu une représentation de « Vivez dans le monde de Fanta CIA » (fantasia veut dire fantaisie en espagnol)  ne s’est libéré de cette formidable sensation que la raison était de notre côté et que pour cela même, nous devions redoubler d’efforts pour réussir les transformations sociales.


Sur scène se trouvaient  Sergio Bravo, Ricardo Vallejo, Alfredo Cifuentes, Anita Vallejo, et Le Corbeau Castro, inépuisable d’idées, hémorragique de créativité. Et dans la grande bâtisse de l’ALEPH, nous étions là, nous tous, un peu plus jeunes, pas encore consumés, toujours invaincus.

L’ALEPH, à la tête duquel Le Corbeau Castro intervenait dans tous les aspects de la vie, il n’y avait ni sujet, ni idée que l’on n’abordât, que l’on ne discutât, la mission consistait à mesurer la valeur des mots, de l’intelligence et de la sensibilité. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’avec l’ALEPH nous avons appris à être meilleurs, et cet esprit demeure intact dans la mémoire de ceux d’entre nous qui avons assisté à l’une des représentations.


Presque quarante ans plus tard, dans la salle de l’ALEPH à Paris, j’ai retrouvé de vieux amis et camarades de ces années de jeunesse et malgré le fait, comme le dit notre Pablo Neruda, que « nous, ceux d’alors, nous ne sommes plus les mêmes », et même s’il nous est difficile de nous reconnaître à première vue sous les cheveux gris, la calvitie et derrière nos bedaines, une fois que c’est fait, il suffit que l’un d’entre nous demande : « Tu te souviens de la maison de l’ALEPH à Santiago ? » pour que commence un voyage à rebours, un retour aux racines, et nous nous retrouvons là-bas, avec nos nobles idées toujours fraîches et invaincues.

Il est vrai que Le Corbeau et moi ne nous voyons pas aussi souvent que nous le devrions, mais malgré ces absences, mon affection et mon admiration pour lui, pour ce qu’il représente, restent pures et nécessaires.


Je connais son histoire, son emprisonnement, son exil, son drame humain, si intense que n’importe qui d’autre aurait perdu pour toujours le sourire de son âme. Mais pas Le Corbeau, pas l’ALEPH qu’il porte en lui. Il a transformé la douleur en créativité, et sa générosité d’homme bon a maintenu à distance la rancœur, dans son cas plus que justifiée.

Il y a deux ans, j’ai eu l’honneur de le diriger en tant qu’acteur dans un film tourné dans le nord de l’Argentine. Ses collègues, actrices, acteurs de la taille de Jorge Perugorría, Harvey Keitel, Laura Maña ou Daniel Fanego, ne cessaient de venir me demander : « Qui est ce type merveilleux ? »


A de nombreuses occasions, je l’observais de loin , quand il était seul, repliésur lui-même, qu’il regardait le bout de ses chaussures, et puis ce geste qui finit  toujours dans un sourire qui éclaire son visage de part en part : Ça y est ! C’est qu’il a trouvé une idée pour « intervenir » dans les affaires urgentes de la vie,  avec ce mélange de courage et de naïveté qui font que Le Corbeau est un adorable oiseau rare, unique et indispensable. 

Je me souviens en particulier d’une scène du film en question. Le Corbeau y jouait le rôle d’ un cuisinier militaire rêvant d’être un grand chef.


Tout allait bien dans son personnage, mais il manquait quelque chose, ce quelque chose dans le jeu qui devait donner l’inéluctable profil indélébile du personnage, l’âme de la caractérisation, et moi, qui l’admire et le connais, je savais que tôt ou tard, l’ALEPH sortirait de lui. Et il en fût ainsi, dans une scène 

simple, à l’aube, dans un camp de concentration, il devait grogner quelque chose d’autoritaire aux soldats. La caméra était fixée sur lui, au son d’ « Action ! », il s’avança en se frottant les mains transies par un froid matinal qu’il était le seul à sentir, et en passant devant les soldats il ordonna : « Hygiénisez-vous mes 

dauphins, hygiénisez-vous !». 

Tous les scénaristes savent que les tirades qui se terminent par un mot accentué sur l’antépénultième syllabe, sont lamentables. Et plus encore si le mot est accentué sur la syllabe précédant l’antépénultième. Mais ces mots sont restés dans le film car la somme des gestes, regards, voix et Humanité, donna au personnage exactement ce qui lui manquait : le sceau ALEPH. Le sceau inimitable de mon ami et camarade Oscar Castro. 


L’ALEPH porte Le Corbeau sur le dos et Le Corbeau mène l’ALEPH où il veut qu’il aille. 

Longue vie, donc, au théâtre ALEPH, à cette magie du théâtre, si précieuse et si nécessaire hier, aujourd’hui et demain. 


Luis SEPULVEDA

écrivain


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Le théâtre d’Oscar Castro, ce n’est pas du Théâtre. C’est bien plus que cela ! C’est une sorte de catharsis moderne, puisée et plongeant ses racines dans la vie : il libère le spectateur que ce soit par les larmes ou que ce soit par le rire. C’est un théâtre de libération humaine. Au plein sens du terme.


C’est le théâtre qui a permis à Oscar de voir plus loin que la terrible nuit chilienne d’un certain 11 septembre 1973 et c’est son théâtre qui maintenant vient vers nous pour nous donner, nous offrir son pain. Du bon pain, de celui qui manquerait par son absence à tout esprit. C’est pourquoi on a encore faim de son théâtre. Alors « sortez les voiles de votre bateau-théâtre, amis du théâtre ALEPH ! ».


« ALEPH » qui est la première des lettres de l’alphabet hébreu. La première, et donc pas la dernière !


Notre avenir commun commence maintenant …


Jean Claude LEFORT

Président du Théâtre Aleph


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THEATRE ALEPH : UNE LUMIERE DANS LA VILLE



Je suis Ivrien à cause de ma femme Nathalie. Pour moi, issue d’un famille plutôt de l’ouest parisien, Ivry sur Seine n’était qu’une petite ville de la banlieue rouge, coincée entre le périphérique, deux cimetières parisiens,  et les voies de chemin de fer de la gare d’Austerlitz. Le souvenir de Thorez et de Vitez plane encore vaguement  autour des immeubles en béton, mais à 50 mètres de la « rue Lenine », , s’ouvre « l’impasse de l’Avenir »…


Quand nous nous y sommes installés en 1992, la zone n’avait pas connu l’essor immobilier qui la classe aujourd’hui dans le peloton de tête des friches urbaines investie par les bobos parisiens. La crise économique avait frappée cette ville industrielle de plein fouet, et en 20 ans toute les usines avaient fermées. En 89 La chute du mur de Berlin avait bouleversé les certitudes  déjà fragiles des Ivriens qui malgré tout reconduisent leur majorité municipale communiste depuis le début des années 20. La montée de la pauvreté conjuguée à la gueule de bois idéologique : l’immobilisme. 


Et puis j’ai découvert les saltimbanques de la rue Christophe Colomb. A la proue du Théâtre Aleph : Oscar Castro une espèce d’indien du Nouveau Monde, pourchassé par la dictature chilienne et la volonté de ne pas baisser les bras.  Le petit homme à la crinière noire vient nous rappeler avec son regard d’amour et de révolte, que la politique c’est un combat, et que toute action n’a de chance de réussir que si elle est collective.  


En nous ouvrant son cœur, Oscar nous a aussi donné sa famille. Un vaudeville latino-américain, mais qui ressemble à nos vies. La famille c’est dur, mais c’est le premier projet collectif important, alors il faut le réussir. Le premier théâtre d’Oscar Castro c’est sa propre vie,  une drôle de mise en scène, quelque fois brouillonne et improvisée, mais toujours généreuse et en quête d’espoir.


La famille s’est agrandie pour former la troupe du Théâtre Aleph. Des comédiens sachant tout faire : écrire des spectacles, chanter, danser,  construire les décors et organiser une fête. Mais aussi des individus libres et disponibles aux autres. 


La première fois, j’étais venu en spectateur, qui achète son billet et fait la queue pour s’asseoir à son siège. Une fois le spectacle terminé,  on applaudi et c’est fini. Et bien pas chez Oscar et sa famille. 


Certes, en ce qui concerne la façade sur la rue, ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour aguicher le client… Mais dès la porte rouge poussée, on entre directement  à l’intérieur d’un théâtre mais qui serait en même temps une maison. La troupe est rarement au repos. Passé le premier sourire-bonjour, chacun poursuit sa tâche. Ils sont très occupés. 

Après un premier moment d’hésitation, le client s’avance vers le fond,  il croise un Arlequin qui répète son texte,  dans la salle à manger, des enfants terminent un goûter d’anniversaire. Accrochés aux murs une femme nue, un magicien au turban rouge, un gavroche qui nous regarde par la fenêtre, au bar un général sandiniste propose un petit vin du Chili. La conversation s’engage, un CD de salsa accompagnent les rires d’enfants. Arrive Oscar, les bras grands ouverts, et après une accolade il lance avec un large sourire : « le plus révolutionnaire aujourd’hui dans notre monde, c’est l’amour ! ». 


Ici, ce n’est pas le monde culturel d’une élite de la nuit. 

C’est juste une tribu d’allumés dans le brouillard de nos individualismes.


Grâce à mes enfants qui suivent depuis des années l’aventure de l’école du Théatre Aleph,  je suis devenu un des nombreux amis de la famille. Avec Oscar et sa troupe,  j’ai compris que nous autres européens hésitants, avions beaucoup à apprendre de cette Amérique là, celle du Sud, l’Amérique Latine.


John Paul LEPERS

Journaliste

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A Rome, le hasard de ma bourlingue m'a conduit à l'hôtel Aleph où un élégant livre de bar, intitulé «parole i immagini», propose ce texte de Giacomo Casanova - « A la fin du 18ème siècle, les Romains sont comme des travailleurs dans une manufacture de tabac: ils ont la permission de prendre tout le tabac qu'ils veulent pour s'en enivrer à l'extrême...»  Avec les mots qui, eux ne partent pas en fumée, Oscar Castro ne fait pas autre chose dans son théâtre Aleph. Mots, émotion, respiration, vie. J'aurais pu aborder le mot Aleph, sans h, en songeant à la mosquée syrienne et enchaîner sur L.E.P., lycée d'enseignement professionnel où l'on apprendrait le métier de comédien...Le jardin des planches n'est-il pas le plus extraordinaire ?

Ce n'est pas parce que aleph est la première lettre de l'alphabet hébreu et qu'en mathématique il rejoint l'infini, via un ensemble terriblement complexe d'éléments, que nous adhérons à la cause du théâtre oscarien. Plutôt parce qu'Aleph, avec son nom de bière belge, sent le houblon, sans goût rance, (pas du genre à se tromper !), des émanations de fête qui mélangent les temps, présent, futur avec le passé. A ne faire qu'un. Comme le Che, d'hier, d'aujourd'hui et surtout de demain. 


Oscar est Chilien, patrie d'Allende que je devais rencontrer en mai 1973 pour qu'il me parle de ses origines basques. La grève des camionneurs était déclenchée et ça tirait déjà dans les rues de Santiago. Un problème avec la police de Lima où je poursuivais mon enquête sur les Euskadiens d'Amérique Latine fit que l'avion est parti sans moi et que je ne verrai jamais Salvador Allende. De dépit, je suis parti pour l'île de Pâques où j’ai vécu à marée haute. Là où le gaillard leveur de coude que je suis a été affublé du peu honorable surnom d' «agua potable». Trop long à raconter et surtout pas à mon avantage...


Puis, le temps a accompli son oeuvre, il passe et contrairement à l'histoire du condor, il ne «rapace pas», ne vous bouffant pas moins avec une sournoise et implacable délectation. L'ami Pierrot de chez Barouh me convia un beau soir dans les caves d'une maison de Dieu, l'église Saint - Eustache dans les Halles, pas pour y boire du vin de messe, pour assister au « cabaret de la dernière chance », pièce qu'il a écrite avec Oscar sur une musique d'Anita, personnage au bouleversant talent.  


Le biographe du Che que je suis, sait de la Pachamama, notre Mère la Terre en Quechua, la langue des Incas. Il sait que Viracocha s'est caché dans une pierre et il n'est pas loin de rejoindre les Andins, petits êtres fourbus écrasés par cinq siècles d'esclavage intellectuel plus encore que physique, quand ils croient que chaque caillou abrite l'esprit d'un guerrier incas et que l'un d'eux garde celui du Che. Dans mes dizaines de voyage entre les océans Atlantique et Pacifique, sur cette terre latino qui fait pousser dans mon coeur des racines rougeoyantes, des fleurs au parfum de révolution, m'est venue l'envie de la chambarder en la Bolivardant comme a tenté de le faire le Che. Mais, avec les pauvres moyens d'une plume au vent, que dis-je au vent, à la douce bise d'un confort germanopratin, de loin en loin dérangée par des coups de cœur qui ressemblent à des hauts le ventre quand les marées de l'histoire débordent de la connerie et de la lâcheté des hommes, je me sens terriblement loin «del Senor», du Che, sur lequel j'ai passé huit ans de ma vie pour reconstruire le puzzle de la sienne.


Certes, j'aurais préféré que nuestro querido Oscar réponde au nom de Guevara mais il est assez souple et solide  dans ses méninges de funambule sur les pensées profondes pour pallier à cet héritage d'un autre Castro, son père, moins connu que le Barbu cubain mais aussi «cojonudo».


Les personnages de mon théâtre à moi, sont posés sur la diagonale de ma vie, plutôt tendue, de basque pas si errant que ça. En majorité des latinos. Des brésiliens d'Amazonie, le caboclo Raimundo à Nhamunda, mes frères Tembé, tribu en lutte contre les coupeurs de bois, Erenicia la princesse des favelas, les guerrilleros du Che dans la Sierra Maestra cubaine, son frère intellectuel  «el Petisso» Granado, Argentin comme lui, Benigno son bras droit prolongé d'un fusil, dix ans à ses côtés au combat, son survivant...Je me sens du théâtre Aleph, comme on se sent d'un parti de gauche où l'on défend le droit au rêve en rappelant le mot de désordre du Che: - «Soyons réalistes exigeons l'impossible».


Le Cercle des poètes retrouvés qu'est le théâtre Aleph d' Oscar, magicien dompteur d'illusions à les rendre palpables, s'agrandit comme les ronds dans l'eau chers à Pierre Barouh, quand les pierres andines y pleuvent de plus en plus grosses pour forcer à comprendre qu'il faut que ça change...


Jean CORMIER  

Journaliste Grand Reporter PARISIEN


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Aleph, tomate et Traviata


Quelle est la différence entre une tomate ? A priori, aucune. Entre deux tomates, tout diffère, et la question perd  de sa superbe. Il suffit d’ouvrir les yeux, d’approcher son nez, de toucher, ou de goûter pour savoir qu’une tomate ne ressemble à aucune autre. A celle qui n’a connu que la lumière d’une lampe dans une serre du Nord et qui se moque des saisons et du gourmet, on préférera sûrement celle qui a été caressée par le soleil estival d’un jardin du sud de l’Europe ou de l’Amérique. Les tomates de Colin au Chili, par exemple, n’ont pas le même goût que celle des serres d’Aalsmeer au Pays-Bas… 


Quelle est la différence entre une pièce de théâtre écrite par un auteur chilien - natif de Colin (comme les tomates), un homme balayé par les vents de l’histoire et les infortunes de la destinée, un auteur entre deux mondes et deux rives, et échoué à Ivry-sur-Seine - et une de ces pièces “à succès” qui emplissent les espaces publicitaires et les salles parisiennes ?


Quelle est la différence entre une œuvre et un produit ?

L’œuvre témoigne pour l’auteur. Elle dit aussi sa confiance dans celui à qui elle s’adresse. Elle a d’autres objectifs que de rendre disponibles les cerveaux pour Coca-Cola par exemple. L’auteur doute et l’œuvre n’est pas formatée par les goûts présupposés du public. C’est en se moquant de l’audimat et des bureaux de marketing qu’elle peut toucher. 


Voilà une quinzaine d’années que je connais le théâtre d’Oscar Castro et de la troupe Aleph. Je sais qu’il a, pour nos yeux et nos oreilles, fait danser à maintes reprises des belles femmes et chanter des chansons connues de tous. Je suspecte Oscar d’entretenir comme une coquetterie cet accent sud-américain qui lui permet, en fin de représentation, de vendre le texte de sa pièce à ceux qui n’auraient rien compris à son interprétation. Il se répète ? Le poète Léopold Sédar Senghor vole a son secours : “La vie est une répétition qui ne se répète pas”.


Voilà donc quinze années que je viens toujours avec joie au théâtre Aleph  (pour être honnête, la joie est toujours plus grande au retour qu’à l’aller, comme si quelque chose avait changé entre ces deux instants). Joie de retrouver ceux qu’on aime mais aussi sentiment de vivre l’écriture d’une œuvre singulière. Ses moments sublimes, ses ratés, ses empanadas réchauffés au micro-ondes, ses enfants qui grandissent et qui font eux-mêmes des enfants, oui, tout cela c’est le théâtre Aleph. Toute la beauté de ce théâtre-là est de nous convier dans son univers et de nous y réserver une bonne place, tant à nos fesses et à nos cœurs qu’à nos imaginaires. Je me demande parfois si nous, le public fidèle, ne sommes pas les acteurs à part entière de cette représentation sans fin. On découvrira peut-être un jour que nous étions du bon côté du rideau. Inutile, je crois, de demander un cachet : voilà quinze ans que tous les acteurs de l’Aleph demandent sur scène s’ils vont être payés, voilà quinze ans que cela me fait rire, cela doit être moins drôle pour eux…


Faire une œuvre, c’est faire ses preuves ? Eh bien voilà, c’est fait, jusqu’à la prochaine représentation. Sylvie nous appellera, Anita composera de nouvelles musiques sur lesquelles les enfants de nos enfants chanteront, Bernard réchauffera les empanadas… Le théâtre Aleph est un univers de chausse-trapes : plus vous croyez le connaître, plus il vous emmène dans son labyrinthe et vous perd. Pour notre plus grande joie, les trains de l’Aleph n’arrivent jamais nulle part. Ils partent, ils passent, ils s’arrêtent rarement, même à Colin…


On pense à Pirandello et à ses six personnages en quête d’auteur. Dans Néruda, un acteur chilien cherche encore un rôle. Le théâtre ne dit pas que l’acteur a (pour)suivi l’auteur de Santiago à Ivry ; à l’Aleph,  les non-dits sont toujours plus beaux que les mensonges révélés. Qui sait les secrets d’Anita, de Marieta, de Julieta et ceux restés prisonniers du centre de tortures de la Villa Grimaldi ? Tout cela est à pleurer ? La troupe a choisi d’en rire, ou plutôt de nous en faire rire ! Puisque les événements nous échappent, feignons d’en être responsables. Dans la troupe, je demande la première épouse, la seconde et la troisième, je demande les enfants, les gendres et les belles-filles, je demande le beau-frère, les compagnons de toujours et les derniers stagiaires tout aussi attachés à la famille que ceux qui sont nés dans la troupe. Les personnages attendent une mise en forme de leur propre histoire. On oscille entre le drame et la dérision, le tragique et son commentaire joyeux et distancié… Comme chez Pirandello, Oscar  ne cesse d’interrompre les représentations pour interroger le théâtre dans le théâtre. La moindre des interrogations n’est pas de savoir si les  acteurs seront payés à la fin du spectacle car “à quoi servent les malheurs si ce n’est pas pour gagner de l’argent ?”. Rions de tout, de tous, et surtout de nous-mêmes. Ce ne sont tout de même pas les lunettes noires cassées d’un dictateur qui vont nous imposer leur vision d’un monde sans espoir. 


Il manque toujours quelqu’un au théâtre Aleph. Quand Freud se penche sur Léonard de Vinci, la volonté de faire de l’artiste est un désir qui nait au contact du monde et de la perte. Pour Vinci déjà, c’est de l’absence d’une mère qu’il s’agit… On peut penser que c’est du désir d’un autre monde que naît l’écriture d’Oscar. Borgès, je crois, raconte ce parcours de l’auteur. Son monde : une petite maison, un arbre, des montagnes immenses. Un jour, il veut quitter tout cela. Il franchit les montagnes, traverse les océans, s’amuse des latitudes et des longitudes ; il écrit. Une vie d’exil et d’écriture ? A la fin de son existence, il prend conscience que lui, l’auteur voyageur, n’a en réalité écrit que sur son monde : une petite maison, un arbre, des montagnes immenses. Il en est ainsi pour l’auteur Oscar Castro : les fleurs d’hortensias, ses bateaux de l’enfance, ont quitté le ruisseau de Colin pour naviguer sur la Seine, sa Cordillère est notre montagne ; sa maison, son théâtre, sont aussi les nôtres. “Welcome, bienvenue, wilcomen !” chante la troupe et ces mots-là, à l’Aleph, ne sont pas galvaudés comme ailleurs.


A l’heure de la globalisation, il y a des serres de tomates à Colin aussi laides que partout dans le monde. La tomate, le goût, la culture : tout se mondialise donc ? Le théâtre d’Oscar et de l’Aleph n’est pas un anti-ketchup. Il se moque des produits, des modes et des idéologies. Il dit la saveur particulière d’une démarche sincère, tout aussi vitale que fragile. Oscar rêve qu’il a rêvé, mais il ne se souvient plus de ses rêves ? A moins qu’on ait rêvé tout cela… 


Frédéric Laffont - Paris, le 16 février 2005

Réalisateur de Cinéma et Documentaires

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Mon cher Oscar, mon ami,

Le vent s'enroule dans la Cordillère des Andes et décide de basculer vers l'ouest. Il se saoule de solitude et de sel dans le désert d'Atacama et ses filaments transparents viennent caresser les cheveux et le visage de ceux que tu aimes dans le Chili de ta mémoire.

Tu es né dans un pays où il est difficile de se perdre. La mer du Pacifique d'un côté, la muraille de signes de l'autre.

Un onzième jour de septembre, un dictateur a disloqué une démocratie et ta famille. Chassé par des militaires, tu es venu dans le pays des droits de l'homme et tu l'as enrichi de ton esprit, de ton talent et d'une histoire cruelle et belle.


Ton espagnol a pris l'accent français et tu as offert à tes 4 enfants une nationalité européenne.

Oscar Castro ou un Indien à Ivry !. La troupe Aleph siège rue Christophe Colomb ! Non loin, une femme Corse, remarquable, veille sur vous : Danièle Casanova qui est morte à Auschwitz après avoir tant résisté.

Charlie Chaplin aurait adoré être en scène avec toi. Tu as côtoyé Pablo Neruda en jouant son postier favori. Gabriel Garcia Marquez est ton ami, toi le chevalier des Arts et des Lettres. Chevalier, tu es sur ta monture, jamais fourbu, tu poursuis le combat quotidien pour rêver le monde et le construire avec tes pièces de théâtre, tes livres, tes films, tes rires et tes peines et aussi ta connerie, comme tu sais si bien le dire.

Tu ne pratiques jamais la jérémiade. Ils ont enlevé ta mère et ton beau-frère et les ont tués et fait disparaître. Le ressentiment ne givre pas tes pensées et tes actes. Alors que ta peine est éternelle

Tu ne veux pas qu'ils gagnent une seconde fois, les criminels du plan Condor, toi l'ancien de l'Université Catholique de Santiago.


Tu es un être rare, mi companero. 20 ans que j'ai le bonheur de te connaître. On s'est rencontré grâce à Pierre Barouh, lors d'un déjeuner avec Jean-Louis Foulquier et on ne s'est plus jamais quitté. La fidélité se juge sur une vie, tu es le parrain de Carmen ma fille cadette et je suis le parrain d'Oscarito, ton dernier fils.

Tu m'as emmené dans ton pays lors du tournage de ce superbe document "Nous nous sommes tant aimés à Santiago" de Frédéric Laffont et Pierre Barouh. Musique : Anita Vallejo, la grande.


Tu as retrouvé la troupe fondatrice d'Aleph et les regards de tes compagnons racontaient votre vie, j'ai connu ton père à Santiago du Chili. Je t'ai entendu parler à l'eucalyptus de ton enfance. Tu nous as embarqués sur la locomotive qui relie Colin, ta ville natale, à Talca.


Le Chili retrouvait l'espoir. C'était en septembre-octobre 1988. Les casques des militaires luisaient encore dans la nuit chilienne. Les policiers cernés et habillés en Starsky et Hutch qui t'ont encerclé avec leur nervosité meurtrière pour te détruire dans cette rue privée de lumière se sont volatilisés, laissant leur voiture toutes portes ouvertes. Le vacarme de leur violence résonne encore dans notre cerveau reptilien. Et le peuple chilien cria son nom au général félon.


Certes, nous sommes en profond désaccord sur la supériorité de l'oursin chilien sur l'oursin méditerranéen.

Un jour tu m'as appris que la vérité est plus haute que la lune ; cette phrase est un apprentissage.


Je te suis très reconnaissant du discours que tu prononças à la mort de mon père. Tu as demandé à Joseph puisqu'il s'en allait vers les terres inconnues de préparer la fête, lors de nos prochaines venues, et de saluer pour nous Ernesto Che Guevara, Savaldor Allende et John Lennon !

Avec tes rites d'indien, tu me dis parler aux esprits, aux morts. Tu parles aussi bien aux vivants pour que nous puissions croire en l'existence et nous pousser à aller de l'avant.


Toi le latino, le sud-américain, l'indien, l'hispanique, le français, toi et tes cheveux noirs, toi l'artiste, je te dis tout mon amour et mon admiration.

La tribu Aleph est la grande sœur de la tribu du Festival du Vent. Chacune gravit sa montagne et vient à la rescousse de l'autre sur un simple regard ou sur une intuition que l'on nomme Fraternité. 

Chacun suit son cap invisible, gonfle ses voiles avec la confiance de l'autre.

Je salue avec émotion Julietta et don Oscar José, tes parents pour tout ce qu'ils t'ont donné et tout ce que tu nous donnes avec les tiens dans le Kabaret de ta vie !


Voici pour conclure, mon cher Oscar, mon grand frère, ces mots de Ricardo Petrella qui te vont à merveille

"Les héros d'aujourd'hui et de demain ne sont plus les plus compétitifs, ni ceux qui parviendront malgré tout, à survivre à la place des autres et à conquérir davantage de pouvoir financier, commercial, technologique, militaire sur les autres, mais ceux qui font avancer le bien commun, les droits de tous et d chacun, à la vie, à la citoyenneté".


Serge ORRU

Directeur WWF

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Oscar et Sylvie, le Chilien et la Française, dans leur théâtre Aleph à Ivry-sur-Seine, c’est-à-dire à mi-chemin entre Santiago et Paris, continuent à creuser dans nos murs de petits trous. Mettez-y l’œil et vous verrez tourner autour de vous des vêtements multicolores, de sombres personnages, des chants d’espoirs, des idées scintillantes. C’est un lieu presque secret parce que si trop de gens savaient que là tout est vrai, généreux et drôle on y viendrait en vélo, en auto et ou en avion pour y trouver plus d’envie de vivre et de changer le monde qu’en lisant des traités de sciences politiques ou des discours de candidats à n’importe quelle élection.
Beaucoup de gens aussi voudraient qu’on oublie ce qu’a dit et fait ce pays pour lui-même et pour le monde il y a près d’un demi-siècle. Venez voir et écouter Oscar, Oscar et Sylvie, vous serez rassurés. Ces gens n’y ont pas réussi, et les étudiants chiliens qui réveillent leur pays à grand roulement de tambours, s’ils venaient à Ivry, comprendraient encore mieux le sens de leur action.

Alain TOURAINE
Sociologue
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